Transcription de la présentation des logiciels libres par Richard Stallman à la Linux Expo 2002.

 

Il s'agit du logiciel libre.

Mais qu'est-ce que cela veux dire le logiciel libre ?

Je peux décrire le logiciel libre en trois mots : liberté, égalité, fraternité...

[Applaudissements]

Liberté parce que tout le monde est libre d'utiliser le programme de toutes les manières utiles : rechercher dans le code ce que fait vraiment le programme, faire des améliorations ou des changements personnels selon les besoins, partager le programme avec le voisin, sortir une version améliorée pour que les autres puissent avoir plus de fonctionnalités.

Un programme libre appartient à la connaissance humaine. Un programme propriétaire non. Avec un propriétaire, l'utilisateur à perdu la liberté, surtout la liberté de coopérer avec le voisin.

C'est pourquoi la fraternité entre, parce que fraternité veut dire aider le voisin. Mais comment aider le voisin si c'est interdit de le faire ?

Le logiciel propriétaire c'est l'interdiction de la fraternité.

Egalité parce que tout le monde possède les mêmes droits dans l'utilisation du programme.

Il ne faut pas être privilégié pour pouvoir utiliser le programme, pas besoin d'être privilégié pour pouvoir faire des changements ou même regarder ce que fait vraiment le programme, s'il fait des nuisances ou non.

Dans les années 80, depuis le lancement du mouvement en 84 quand j'ai commencé à écrire le système d'exploitation GNU, les gens, pour la plupart, se moquaient de l'idée du logiciel libre.

Parfois ils disaient "ha oui, c'est une bonne idée théoriquement mais vous n'arriverez jamais à avoir un système d'exploitation entièrement libre, c'est un rêve"

Mais dans les années 90, quand nous étions arrivés à avoir un système entier, le système de GNU avec Linux le noyau, il y avait beaucoup de gens attirés vers le logiciel libre par les bienfaits techniques, par les avantages comme puissance et pérennité.

Et parmi eux, il y en avait beaucoup qui n'étaient pas conscient des issues, des questions éthiques, politiques, sociales; pour lesquels il ne s'agissait que de rentabilité, efficacité, fiabilité au lieu de liberté, égalité, fraternité.

Et c'est cela l'origine du mouvement Open Source, parmi ces gens qui ne désiraient pas parler des questions éthiques et politiques, qui désiraient au contraire éviter ces questions.

Dans l'année 98, ils ont lancé leur mouvement Open Source qui évite délibérément d'aborder ces questions, qui ne parle que des bienfaits pratiques, et je suppose que parmi les conférenciers avant moi, vous avez entendu beaucoup de ces idées.

Il m'incombe à moi d'ajouter ce qu'ils ne disent pas. Je ne veux pas dire que ces gens ne font rien d'utile. Parce qu'ils ont écrit beaucoup de logiciel libre qui maintenant font parti du système GNU et Linux. Ils sont, pas tous, mais beaucoup sont des vrais contributeurs à la communauté des logiciels libres. Mais l'omission des questions politiques est très dangereuse pour notre avenir. Cette omission est devenue plus fréquente parce que les gens ont trouvé deux manières de cacher l'origine de la communauté de la vue des utilisateurs pour la plupart.

Deux confusions qui ont cet effet. La première confusion, c'est entre GNU et Linux. Vous pouvez voir beaucoup de d'affiches disant Linux, voici Linux Expo, Linux Monde, beaucoup de monde à dans l'idée que le système entier c'est Linux. Et que le développement du système entier a commencé en 91 par Linus Torvalds et avait pour but seulement s'amuser, aucun but plus profond que cela.

Ce n'est pas vrai. Dans les détails ce n'est pas vrai mais peut être une erreur de détail ne fait pas beaucoup de mal. Si on suppose que le développement a commencé en 91 au lieu de 84, ce n'est rien. Mais cela amène les gens à supposer que le système existe seulement pour s'amuser, pas pour libérer les utilisateurs des ordinateurs et cela c'est une erreur très profonde et très dangereuse parce que cela facilite les gens qui veulent éviter les questions éthiques et politiques.

Il est très facile de parler toute la journée au sujet du dit Linux sans aborder ces questions les plus importantes.

Il y a un an j'ai fais une intervention à ce sujet et puis quelqu'un dans l'assistance est venu me dire : "Cela fait 5 ans que je travaille dans la communauté et c'est la première fois que quelqu'un a mentionné qu'il y a une question de liberté au fond".

La connaissance de la question de liberté, égalité, fraternité est presque perdue dans notre communauté. Il faut des efforts pour éduquer les gens, pour diffuser la conscience de cette question. Il vous faut des efforts. Moi je ne suffis pas.

La deuxième confusion c'est l'idée de confondre le mouvement du logiciel libre avec l'autre mouvement Open Source. Les gens d'Open Source ont le droit légitime de promouvoir leurs opinions bien sûr. Mais ils ont attaché leur étiquette à notre travail et à nous, ce qui n'est pas correct.

Souvent il y a des articles dans la presse qui m'identifie comme Père du mouvement Open Source. Et chaque jour je reçois des courriers où les gens m'invite à faire un travail avec eux au nom d'Open Source. C'est vraiment ironique et triste.

Que dire à quelqu'un qui me félicite pour le grand succès d'Open Source croyant que je suis adhérant de ce mouvement ?

Peut être que se tromper sur le nom, ce n'est pas grand chose ?

Mais avec l'autre nom, il y a d'autres idées aussi. Et voila le problème. Parce que les gens qui pensent que je suis adhérent de l'autre mouvement supposent que je suis d'accord avec leurs idées, ce que je ne suis pas. Et les idées qui nous ont livré ce système libre peuvent facilement être oubliées et perdues si nous ne faisons pas des efforts pour les garder dans la conscience du public.

Mais si les gens écrivent du logiciel libre est-ce qu'il signifie grand chose s'ils n'utilisent pas la liberté. S'ils n'utilisent pas le logiciel libre. Peut-être oui, peut être non, cela dépend des circonstances.

Parce que quand il n'y a pas d'obstacles, quand il ne s'agit de rien que faire l'effort d'écrire un programme, peut-être les motivations n'importent pas. Il y a assez de gens motivés par les idées de l'Open Source pour écrire les programmes libres.

Bien, si nous arrivons à avoir assez de programmes comme cela, il n'y a pas de problème.

Mais parfois il y a des obstacles, des obstacles très grands, des obstacles très difficiles à surmonter, même des interdictions légales à écrire des programmes libres.

Et quand il s'agit de se battre, pendant des années, contre des obstacles imposés au public, il faut une motivation très forte. Le désire de s'amuser ne suffit pas pour cela. Pour écrire un programme oui. Parce que, pour les grands développeurs, c'est vraiment très amusant d'écrire un programme puissant et très utile. Mais pour ce battre contre l'opposition et pour quelque chose de plus fort, il faut la motivation de défendre vos libertés.

C'est comme cela que les gens seulement éduqués dans le mouvement Open Source sont près à accepter le manque de logiciels libres pour cette tache ci ou cette tache là quand il y a un tel obstacle.

Par exemple, aujourd'hui il n'est pas rare que les fabricants de matériel ne divulguent pas le mode d'emploi, c'est secret. La seule chose qu'ils offrent c'est des drivers (pilotes) binaires, sans code source, pas libre. Qu'est-ce qu'il faut faire ?

Il ne s'agit pas que d'écrire un programme parce que les détails de ce qu'il faut faire ne sont pas disponibles à notre communauté. Quoi faire ? Il y a deux chemins.

Il y a le chemin de reverse engineering, ce qui est un très grand travail et que les fabricants cherchent à interdire.

Il y a aussi le chemin de pression du marché. Inciter les gens à ne pas acheter ce matériel. Mais cela aussi exige un effort. Un effort qui ne se fait pas beaucoup. Nous avons besoin de gens pour organiser cet effort dans le marché. Le boycottage de ces produits avec le mode d'emploi secret. (00:18:10)

J'ai maintenant un labtop (ordinateur portable) où j'utilise le système Gnu et Linux libre mais dans la version nouvelle du même produit, le système libre ne fonctionne pas. Spécifiquement le système de fenêtrage X ne fonctionne pas dans une version libre. Il y a une version binaire pas libre offerte par le fabriquant qui n'est pas acceptable car elle ne respecte pas nos libertés. Mais comment organiser les gens au refus de ce produit ? Est-ce qu'il y a quelqu'un qui veut faire ce travail ? Parce que si oui, il faut m'envoyer un courrier. Je veux bien lancer des efforts dans ce champ.

Mais il y a des problèmes même plus grands : les interdictions légales contre le développement des programmes libre pour ce travail-ci ou ce travail-là.

L'Europe vient d'accepter une directive européenne interdisant le développement indépendant des programmes pour accéder aux données publiées d'une manière cryptée comme les disques vidéo, comme le streaming, comme la musique, comme les livres électroniques. A bas les livres électroniques ! J'espère qu'ils font tous faillite !

[Applaudissements]

Je n'ai rien contre l'idée de lire des livres sur l'écran, si cela vous convient, bien.

Mais si un livre ne vous offre pas le droit de le prêter au voisin, de le vendre en livre d'occasion, ou de l'acheter comme cela ou de l'acheter sans donner votre nom aux bases de données. Si un livre ne vous offre pas le droit de le garder pour n'importe combien de temps et de le lire n'importe combien de fois, il faut le refuser.

C'est une loi très dangereuse qu'il faut chercher toujours à annuler. C'est comme la loi américaine DMCA au nom de laquelle Dimitry Skyarov à été arrêté aux Etats Unis.

Il était une fois quand les visiteurs américains en Russie étaient en danger d'être arrêté pour des raisons idiotes. Maintenant c'est l'inverse.

Mais même pire, c'est le danger des brevets informatiques. Parce que n'importe quel travail dans n'importe quel champ de l'informatique peut être interdit par un brevet, s'il y a des brevets informatiques. Mais cette question, avoir ou ne pas avoir ces brevets, c'est une question politique.

Oui, en Europe, maintenant, la communauté du logiciel libre a fait de grands efforts pour empêcher l'acceptation des brevets informatique en Europe.

Ici, en France, il y a de l'opposition parmi les officiels. Mais il faut qu'ils reçoivent beaucoup d'opposition chez le public. Il faut dire à vos députés que vous êtes contre les brevets informatiques.

Et pourquoi les brevets informatiques sont si dangereux ?

C'est parce que n'importe quelle idée, n'importe quelle manière de manipulation des données, n'importe quelle fonctionnalité peut être brevetée. Il ne s'agit pas de breveter un programme, UN programme, comme cela, parce que cela ne serait pas si dangereux, breveter un programme. Parce que, comme cela, si vous écrivez un autre programme, pas de problème.

Non le problème existe parce que le brevet s'applique à une idée. Et si vous écrivez un programme utilisant cette idée, c'est interdit. Mais dans chaque programme, il faut utiliser beaucoup beaucoup beaucoup d'idées. Il faut utiliser les idées déjà connues. Personne n'est assez intelligent pour réinventer de nouveau l'informatique.

Pour écrire un programme innovateur, il faut avoir des idées nouvelles à mélanger, à combiner avec des idées déjà connues. Il faut faire un grand travail d'écrire des lignes de codes et détails pour implémenter les idées en combinaisons. Mais si une de ces idées est brevetée par quelqu'un d'autre déjà, le programme est interdit.

C'est comme cela que les brevets informatiques gênent même le progrès de l'informatique.

Ce qui est amusant parce que le but supposé du système des brevets c'est d'inciter le progrès et dans notre champ, l'informatique, le résultat c'est le contraire.

Mais c'est surtout néfaste pour le logiciel libre. Parce que pour une entreprise qui développe un programme propriétaire, il y a peut être la possibilité de négocier les licences pour l'utilisation des idées brevetées. Pour nous c'est très très difficile. Nous ne pouvons pas payer pour ces licences.

Pour la plupart, pas toujours, il y a des entreprises qui développent le logiciel libre comme vous avez vu ce matin, mais la plupart des développeurs sont des individus qui le font pour des buts non lucratifs, qui ne peuvent donc payer pour être autorisé à servir l'humanité.

Donc prière de vous mettre en contact avec votre député à ce sujet et chercher chez April et Eurolinux, même si cette organisation porte un nom incorrect, elle fait des travaux très utiles dans ce champ, pour des avis au sujet de comment agir contre les brevets informatiques.

Bien. A ce moment, je crois que je dois demander des questions.

 

[Questions et réponses non retranscrites]

 

 

Transcription par Lionel P. Allorge.